Une vie bien investie
Sam est né en 1937, à Bruxelles, où il fera presque toute son école. Tout jeune il aime déjà écrire et dessiner. Ses années à l’école primaire seront marquées par la guerre – les bombes incendiaires, le travail forcé imposé à son père, les escapades à moitié endormie vers les abris souterrains au milieu de la nuit, et les trajets dangereux répétés pour essayer de fuir l’avance des troupes avec ses hostilités. C’est dans ce contexte qu’il verra pour la première fois une feuille d’érable Canadienne, peinte en rouge sur les chars d’assaut d’un régiment Britannique allié qui combattait pour la libération tant attendue.
Au début des années 50, l’économie belge se remet toujours très lentement des désastreux effets de « la guerre de 40 » et le père Coppieters cherche à émigré vers un endroit ou ses talents de ciseleur de pierre seront plus en demande. L’Afrique du Sud, première cible, ferme la porte, mais un contact à l’ambassade du Canada où sa mère travail les réfère vers un autre climat ! Après avoir emprunté les centaines de dollars nécessaires pour le voyage, c’est sur un paquebot que la famille de quatre fait la traversée vers le port d’Halifax en mai 1953. Ensuite un train les mènera vers Toronto où ils trouvent peu de français. Le retour s’est rapidement fait vers Montréal.
Les circonstances ne lui permettant pas de continuer ses études, Sam commence carrière dans les grands magasins de la rue Sainte Catherine au centre-ville. Étalagiste. Habilleur de vitrine. On lui remarque une main habile pour les affiches. Désireux de poursuivre le métier, il prend des cours de dessins et entreprend quelques premiers pas dans le marketing.
Mais sa foi n’est plus qu’une simple occupation du dimanche, ou des soirées de jeunesse dans lesquelles il s’implique à fonds. Elle va bientôt forcer un choix de carrière difficile.
Après avoir placé sa foi en Jésus Christ comme Sauveur, à l’âge de 9 ans dans un camp de la Ligue à Limauges en Belgique, Samuel avait commencé à s’impliquer dans l’église. Peu après leur arrivée à Montréal, la famille s’intègre dans une congrégation Baptiste dans l’est de la ville. Son amour pour la Parole et ses talents de communicateur deviennent bien vite évidents. Lorsqu’on lui demande d’utiliser ces talents pour promouvoir la vente de tabac au magasin où il travaille, Samuel refuse.
Chaque fois qu’il postule pour un nouvel emploi, la même question se pose ; « Pourquoi avez-vous quitté votre dernier emploi ? » Au milieu des années 50, avec la progression rapide du marketing et de a commercialisation, qui voudrait embaucher un dessinateur graphiste, à la conscience trop sensible pour pousser le tabac ou l’alcool ? Mais le Seigneur prépare déjà la transition.
Quoiqu’à ce moment au Canada il était presque « normal » d’être protestant et anglophone, les petites églises protestantes évangéliques francophones ne sont pas les bienvenues dans le monde essentiellement Catholique Romain du Québec français. Il est difficile, et parfois même impossible, de louer des locaux pour les réunions. Les répressions du régime Duplessis qui visent les communistes et les groupes religieux s’en prennent souvent aux premières petites églises évangéliques francophones. Lorsque celles-ci persistent néanmoins dans leurs efforts d’évangélisation, il devient difficile de préparer des textes imprimés, des dépliants, des annonces, etc. … puisque toutes les petites imprimeries locales ne veulent pas mettre en danger la bénédiction et le soutien qu’elles reçoivent des autorités ecclésiastiques en acceptant de produire du matériel imprimé pour ces nouveaux hérétiques.
Norman Buchanan, un ouvrier des assemblées de frères, trouve une solution en ouvrant, au Cap de la Madeleine, une petite imprimerie dont le but sera la production de littérature chrétienne francophone pour le Québec. Il invite bientôt le jeune Samuel à venir le rejoindre. Il y apprend le métier, continue avec le dessin et commence à écrire de façon plus délibérée. Son implication et son intérêt pour le mouvement de la jeunesse provincial évangélique grandit. Il est aussi de plus en plus impliqué dans les assemblées de frères et dans une église locale. Ses capacités de communicateur, son approche directe et son engagement dans la prédication de la Parole lui permettent de la rendre plus claire et à la portée de tous.
Lorsque se concrétise l’appel au ministère, c’est avec le cœur gros que Samuel quitte Norman, un mentor qualifié, compétent et patient, pour se rendre à l’Institut Biblique Béthel où il espère que le cours intensif de trois ans l’aidera à mieux se préparer pour le ministère pastoral dans l’église locale. Il y rencontrera aussi Ida Jacques, une canadienne française dont les plans pour le travail missionnaire en Afrique seront légèrement modifiés par le Seigneur puisqu’elle deviendra sa fidèle compagne de ministère au Québec pour plus de 36 ans.
Les études complétées, à l’automne 1963, les nouveaux mariés s’installent pour une première charge pastorale à Granby dans les Cantons de l’Est. Pendant leur ministère de plus de 18 ans dans cette assemblée, on y verra la naissance de leurs trois enfants, d’une bonne quantité d’enfants spirituels qui s’ajouteront à l’église et de plusieurs projets qui béniront l’église plus étendue. Parmi ceux-ci, on comptera la revue « Édifiez-vous » qui pendant plus de 5 ans au début des années 80 apportera l’enseignement fort apprécié de Sam à plus de 400 abonnés répandus à travers la province.
Après son départ de l’assemblée de Granby au printemps de 1981, Sam se donne à la rédaction, la traduction écrite et simultanée, l’enseignement dans les écoles bibliques et a un ministère itinérant qui lui permet d’apporter un enseignement systématique de la Parole dans plusieurs églises qui n’ont pas de pasteur ou d’enseignant local, et qu’il visite sur une base régulière. En effet, depuis le tout début de son ministère, Sam avait la conviction que pour être efficace, la prédication doit être axée sur une communication claire et pratique de la Parole, faite de manière systématique, plutôt que sur une base aléatoire qui saute d’un texte à l’autre chaque dimanche sans ordre précis. Que sa soit dans les églises qu’il visite comme prédicateur invité, ou dans l’assemblée de Granby où il passa 18 ans, ou dans son ministère d’écrivain, Sam couvre de préférence des livres complets de la Bible, de façon suivie, verset par verset.
Son premier livre, une étude sur les dons spirituels et les talents naturels, et comment en faire la différence, fut publié par Les Éditions Impact, une descendante du ministère de l’imprimerie du Cap de la Madeleine où Sam avait fait ses premiers pas vers le ministère avec Norman Buchanan. Malheureusement, le travail de traduction, et d’écrivain furent affectés par sa santé faiblissante, et rendrons les prochains projets de publication plus difficile.
Un premier cancer fut apparemment vaincu, mais n’avait pas été décelé à temps pour prévenir la migration de métastases dans les os. Par la grâce de Dieu, ce cancer douloureux ne le laisse pas souffrir trop longtemps. Sam se glisse doucement dans la présence de son Sauveur en mai 2000, quelques semaines à peine après avoir atteint ses 63 ans. Le texte gravé sur sa tombe est tiré de Philippiens 1:23 « … Être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur. »